Amazonie : notre expérience au cœur de la jungle colombienne

“Amazonas”. Ce seul mot suffit à me faire rêver. En une seconde, il me transporte aux confins du monde, là où mon esprit s’est si souvent échappé, survolant en rêve cette mer d’arbres qui s’étend jusqu’à l’horizon, sa végétation luxuriante, ses animaux sauvages, ses peuples indigènes, son fleuve immense. Ce mot, qui par sa seule émanation cristallise le désir des aventuriers, fais naître les luttes indigènes, couve les guérillas et les trafics en tout genre, abrite les derniers peuples isolés et évoque le fantasme d’une terre vierge, pure, atemporelle, infinie.

Cette fois je vais la survoler encore, mais bel et bien éveillé. L’avion se pose sur le tarmac de Leticia, petit noyau urbain au bord du fleuve Amazone, à l’extrême sud de la Colombie, qui marque la frontière entre la Colombie, le Pérou et le Brésil. Une chaleur torride nous accueille, nous faisant à peine oublier la frustration que Vivacolombia nous a fait subir, la compagnie colombienne des vols intérieurs, qui a supprimé notre vol aller sans justification, et nous a reclassé sur un autre 3 jours plus tard, amputant notre séjour de moitié.

Nous décidons de séjourner pour notre première nuit au Refugio Makuruma, à quelques kilomètres de la ville, l’objectif étant de s’éloigner du centre ville et dormir dans un endroit pour pas trop cher, proche de la forêt. Le propriétaire hollandais qui a récemment repris l’affaire est extrêmement agréable et attentif (il propose des ballades nocturnes d’observation dans la jungle). L’endroit est d’un confort sommaire mais tout y est (lit avec moustiquaire, douches…). Nous nous restaurons sur place, se laissant cuisiner des Casabe, sorte de galettes croquantes faites à partir de farine de yucca, frites et agrémenté de légumes et de fromage fondu (à ce qu’on veut en fait).

Le lendemain nous prenons un Tuk-tuk à trois roues qui nous emmène au Brésil, au bureau de l’immigration de Tabatinga, prolongement brésilien de Leticia, mais qui ne présente aucun intérêt touristique.

Astuce pour renouveler son visa touristique colombien en passant au brésil

  1. Aller au bureau d’immigration de Leticia à l’aéroport -Tampon de sortie de Colombie
  2. Aller au bureau immigration de Tabatinga – Tampon d’entrée au Brésil . (A cette étape, nous sommes retournés en Colombie pour faire notre tour amazonien, en illégalité provisoire mais c’est une pratique courante apparemment – laissez passer 24h).
  3. Retourner au bureau immigration de Tabatinga – Tampon de sortie du Brésil
  4. Retourner au bureau d’immigration de Leticia – Tampon d’entrée de Colombie

Leticia, centre urbain au milieu de la jungle

Il existe plusieurs agences qui organisent des tours en Amazonie avec toutes sortes de formules plus ou moins authentiques ou attrape-touristes (suivant les goûts) et qui proposent des excursions à la carte (selon le budget). Difficile de choisir parmi toutes mais sur recommandation nous avons fait affaire avec Bartholomé, un guide indigène du peuple Ticuna qui possède une grande expérience de la forêt, son grand-père étant un chaman renommé. Il est basé à Mocagua, dernier village indigène sur la rive gauche de l’Amazone avant le (très) charmant petit bourg de Puerto Nariño. Nous optons pour une formule à 200 000 pesos par personne qui comprend 1 nuit dans la communauté, 1 journée et 1 nuit dans la jungle.

Nous nous rendons donc au port de Leticia. Le niveau du fleuve est historiquement bas pour la saison : le canal presque à sec laisse apparaître des eaux boueuses dans lesquelles pataugent quelques vautours hirsutes, le pont en planches à la Indiana Jones et les maisons sur pilotis cohabitent dans une vraie ambiance de Far West. Le fleuve Amazone m’impressionne de par sa taille. Installés confortablement dans le cuir des sièges du bote, tout droit sorti d’un film, nous contemplons le Pérou, sur l’autre rive.

  • Le port de Leticia

Arrivée à Mocagua, village-départ de notre tour en forêt

Dans la communauté, nous apprenons que Bartholomé est avec un autre groupe et ne viendra pas, c’est donc sa femme Teresa qui va le remplacer. Nous sommes très bien accueillis, la communauté est plutôt bien équipée, elle possède l’électricité depuis les années 70 et les maisons bien entretenues sont construites suivant le style de la région, sur pilotis. En guise de douche, nous allons nous baigner avec notre hôte dans l’amazone et contemplons un incroyable coucher de soleil, à peine perturbés par des minuscules poissons qui nous envoient des petites décharges électriques (ça surprend !).

Le lendemain, nous partons de bon matin dans la jungle en direction du campement, situé à 3h de marche. Nous suivons un chemin utilisé par la communauté depuis des générations. Notre guide (ami de Teresa) taille à la machette de temps à autre une fougère qui barre le passage. La jungle est vraiment dense par moments. Mystérieuse, elle nous intrigue, nous fait peur et nous impressionne à la fois. Nous longeons une rivière appelée Mata-Mata, rouge comme l’argile dans lequel elle s’écoule. Notre guide indigène nous explique le rôle des plantes, des nom des arbres, le comportement des singes,  le cri des oiseaux… Chaque élément pour eux a du sens, il est fascinant de toucher du doigt cette connaissance transmise pendant des milliers d’années.

Nous arrivons dans un campement composé de sommaires cabanes avec des murs en moustiquaires et c’est tant mieux au vu du nombre d’insectes en embuscade. En après-midi, nous sommes invités à aller pêcher notre repas dans le Mata-Mata. Parmi nos divers poissons frais servis grillés à table ce soir, j’ai l’honneur de goûter mon premier piranha ! A la lueur de la lampe frontale, le moment se prête à évoquer l’inquiétude des communautés face à de la perte de leur langue et de leur culture, la présence des guérillas dans la zone, les mythes indigènes comme celui des dauphins de l’Amazone prenant forme humaine, et autres histoires de chamans, d’anacondas, de jaguars et esprits de la forêt. Le soir venu nous partons pour une ballade de nuit dans la jungle qui j’avoue, est encore plus mystérieuse et terrifiante que de jour. Chaque pas est pesé, derrière chaque ombre peut se cacher un serpent, une araignée, ou un potentiel danger. Bref, l’imagination travaille beaucoup, mais le guide a l’air confiant. Au cœur de la jungle nous nous arrêtons devant un arbre magique dont les feuilles sont phosphorescentes dans le noir, étonnant! Nous fermons les yeux, écoutons les bruits : la forêt nous enveloppe et ressentons quelque chose d’unique. De retour au campement nous faisons la rencontre d’une superbe tarentule de la taille d’une main en pleine chasse sur le tronc d’un gros arbre et terminons la soirée par l’observation d’un ballet de lucioles le long du Mata-Mata.

Puerto Nariño, havre de paix somnolent au bord de l’Amazone

Le lendemain, à l’aube, après une nuit sommaire en hamac, nous ramassons et repartons en direction de la communauté. Bien qu’un peu cher, nous sommes content de notre aventure. Après nos adieux à Teresa, nous reprenons le bote qui nous amène à Puerto Nariño, superbe petit village roupillant au bord de l’Amazone et bercé par le rythme de ses crues. Ici pas de voitures, des rues propres, juste une sensation de calme et de bien-être qui donne envie de rester. Au fil d’une ballade, nous découvrons un spot parfait où nous observons pendant une heure le ballet des fameux dauphins roses de l’Amazone, en pleine chasse.

C’est avec un peu de frustration que nous repartons le soir vers Leticia. Il y a tant de choses à faire ici, à observer, à comprendre, et déjà nous devons repartir. Je me pose des questions sur notre expérience ici et l’impact du tourisme sur le mode de vie des indigènes. A quel point l’arrivée de cette manne financière favorise l’augmentation du niveau de vie des communautés et de facto la disparition de leur culture (perte de la langue et des traditions, départ des jeunes vers les villes) ? A Leticia, le nombre de touristes est impressionnant et ils viennent de partout dans le monde. Le tourisme amazonien est en expansion et la vérité est qu’il est de plus en plus difficile de trouver une expérience authentique.

Quelque chose m’a plu ici, peut-être est-ce la tranquillité des indigènes, le ressenti de la diversité culturelle (Colombie, Brésil, Pérou) ou bien cet environnement fascinant qu’est la forêt amazonienne…ou un mélange de tout ça.

Notre Budget Amazonas (en pesos par personne) :

  • Vol Bogota – Leticia A/R : 160 000
  • Taxe touristique aéroport (obligatoire) : 21 000
  • Refugio Makuruma : 30 000
  • Bateau Amazone : 60 000
  • Tour Amazonie : 200 000
  • Hostal Leticia : 15 000
  • TOTAL : 486 000 Pesos (+/- 155 euros)
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