Récit d’un premier trek grandiose : le mythique Tour du Mont Blanc

Après de multiples randonnées de 2,3,4 jours, j’avais hâte de passer à la vitesse supérieure et enfin, faire mon premier vrai trek de montagne. Amateur de littérature d’aventure, j’avais lu dans l’année “Premier de cordée” de Frison-Roche, qui manquait à mon palmarès des romans alpins, et depuis, je rêvais du mythique Tour du Mont Blanc (TMB). Que nenni, ça sera celui-là. Mélissa m’a fait confiance les yeux fermés pour organiser le trajet et se lancer dans l’aventure avec moi.

Ayant travaillé pendant l’année dans une coopérative sportive à Montréal, j’avais la chance de m’être relativement bien équipé en matériel que j’avais choisi léger. Pour un premier trek, nous le souhaitions aventureux, mais aussi avec un budget minimum et le maximum d’autonomie possible. Ça sera donc l’option bivouac. 170 kms sur 8 jours, randonnée dans trois pays (France, Suisse, Italie),10 000 mètres de dénivelés positifs et négatifs, les plus grands sommets d’Europe en visuel, le menu est alléchant !

Première tuile et même pas partis

02 août 2016. Dans le TGV qui file vers Lyon, nous faisons l’inventaire de la nourriture et du matériel qui nous manquent. Après les dernières courses, nous laissons les valises chez un ami, puis sifflons un taxi qui nous amène vers notre covoiturage pour les Houches, village de départ du TMB. A peine assis dans la voiture, je m’aperçois que je viens d’oublier mes bâtons de rando flambant neufs dans le coffre du taxi. La tuile ! Un coup d’œil par la fenêtre et je vois celui-ci tourner au coin de la rue et s’engloutir dans la circulation. Bien évidemment je n’ai pas relevé sa plaque… Je reste muet dans la voiture, agacé par cette seconde d’inattention qui me coûte cher. J’ai dû un peu apitoyer Alexis, notre conducteur : “Écoute, si tu veux j’ai chez moi une paire de bâtons dont je me sers pas, si tu veux ils sont à toi !”. Trop sympa, le gars. J’accepte avec plaisir sa proposition. Puis, quelques minutes après : “Si vous voulez, vous pouvez même dormir dans mon chalet ce soir au bord du sentier. Je vais passer la soirée chez des amis mais pas de problèmes, je vous passe les clés”. Décidément, j’ai dû vraiment l’apitoyer. Trop sympas ces chamoniars…

1er jour : les Houches – La Balme

Nous sommes debout de bon matin, la tête émerveillée par le spectacle du soleil levant sur les sommets mythiques : les Drus, l’Aiguille du Midi, l’Aiguille d’Argentière nous saluent… Nous décidons de nous économiser sur la première montée en prenant le téléphérique de Bellevue. Au final, nous regrettons les 14 euros dépensés par personne pour économiser seulement 2h de montée. Nous estimons nos sacs autour de 14 kilos. Déjà trop lourdes, nous vidons nos gourdes de 2L pour ne garder que 50cl chacun, quantité suffisante, étant donné le nombre de points d’eau sur le chemin. La température idéale et un ciel sans nuage rendent agréable le passage par la réserve naturelle des Contamines, le plus haute de France (1100m à 3892m). Pour notre première nuit, nous montons la tente sur l’aire de bivouac du refuge de la Balme.

 

2er jour : La Balme – les Mottets

Après un petit café au refuge, les choses sérieuses commencent avec l’ascension vers le col du Bonhomme. Au sortir du col et au lieu de descendre vers les Chapieux, j’insiste pour prendre la variante du topo-guide qui reste en altitude et permet, paraît-il, d’avoir une vue très sympa. Mauvais choix. Nous ratons une intersection et nous retrouvons rapidement dans le nulle part. L’orage commence à gronder au loin et Mélissa me maudit. Après plusieurs heures de zigzag d’une descente casse-pattes entre les éboulis et les plaques de neige, on finit par retrouver le GR en fin d’aprem. Alors que la nuit tombe, nous plantons la tente près d’une ruine, juste avant le refuge des Mottets, qui refuse catégoriquement les campeurs. Nous avons juste le temps de faire une mini toilette dans le torrent glacial et de rentrer à l’abri qu’une grosse averse fond sur nous. Très vite nos corps fatigués s’endorment, bercés par l’assourdissant crépitement de l’eau contre la toile.

 

3er jour : les Mottets – Courmayeur

Le lendemain, ramassons la tente mouillée et attaquons la montée du col de la Seigne sous le crachin montagnard. Sous nos vestes en gore-tex, nous transpirons tellement que nous sommes aussi mouillés à l’intérieur qu’à l’extérieur. Un cairn au sommet marque la frontière italienne. S’en suit une longue descente, belle, régulière et ensoleillée, agréable récompense après ce gros effort. En fin de journée, nous prenons une pause au refuge de Maison Vielle qui domine Courmayeur, le “Chamonix italien”, tout en se gorgeant du bel accent, si agréable à l’oreille. A 17h, quelqu’un fait l’appel du dernier passage du téléphérique qui descend directement en ville. Mon orgueil prends le dessus : “Comment ça, nous sommes fatigués? Terminons à pied !” …Grosse erreur : la pire descente du trek : 1h30 de pente raide casse-pattes. Courmayeur nous voit arriver les rotules en feu, qui vont grincer de douleurs pendant plusieurs jours. Évidement l’office de tourisme vient de fermer et le dernier bus qui va au camping du Val Ferret vient de partir. Sans compter que tous les hôtels de la ville sont pleins à cause d’un trail, pile aujourd’hui. Melissa me maudit (encore). Par survie, nous plantons la tente dans le parc urbain Bolino, derrière une cabane du jardin d’enfant. Melissa s’écroule et je ne dors pas de la nuit, maintenu réveillé par l’arrosage automatique qui nous a aspergé toute la nuit. Merci, ô bivouac !

 

4e jour : Courmayeur – refuge Bonatti

Avec des grosses cernes, nous prenons de bon matin la montée vers le refuge Bertone. Il y a du monde sur le chemin, beaucoup de monde, on se gène même. Le site est saturé, et pour cause, au fur et à mesure que l’on monte en altitude, apparaît une vue incroyable sur le Mont Blanc, l’Aiguille Noire de Peuterey, la Dent du Géant et le glacier de la Brenva, une vraie carte postale. Les familles italiennes redescendent vers Courmayeur et nous continuons sur une partie plate qui fais face à l’autre versant : le spectacle de la vue panoramique sur les Grandes Jorasses est époustouflant, des falaises lisses couronnées par 6 arêtes, dont les conquêtes sont légendaires. C’est l’Histoire de l’alpinisme que nous contemplons. Nous terminons cette belle journée au refuge Bonatti qui refuse aussi les campeurs. Après avoir fouillé les environs, nous trouvons les ruines d’une bergerie abandonnée et couverte de végétation, seule zone à peu près plate et abritée du vent. Nous plantons la tente et nous endormons après dégustation de nos lasagnes déshydratées. En pleine nuit, un animal sauvage me sors du sommeil et fouine de l’autre côté de la toile, juste à côté de mon visage. Je l’entends, inquiet, s’approcher du vestibule. Emmitouflé dans mon sac de couchage, je rue des pieds et saisi ma lampe pour l’effrayer. Il s’éloigne et je me rendors. A peine rendormi je suis à nouveau réveillé par des craquements de toile qui se déchire, le bougre est en train de lacérer ma tente ! Son objectif : le sachet de lasagnes. Je bondis, attrape le sachet et l’envoie à quelques mètres de la tente. Je ne reverrais plus ce lâche, ce renard-marmotte qui s’est enfui avec son butin et m’a laissé 3 grosses balafres dans la Fly creek. Je m’endors amer et promets de ne plus jamais laisser de nourriture dans la tente.

 

5e jour : Refuge Bonatti – la Fouly

Mélissa au réveil : “Qu’est-ce qu’il s’est passé cette nuit ?” dit-elle en regardant les déchirures. La chanceuse n’a même pas bougé d’un poil cette nuit, malgré le remue-ménage. Nous reprenons d’un bon rythme, et après un passage au grand col Ferret, nous descendons vers la Suisse. Chalets magnifiques, décoration très soignée, petites fleurs et gazon bien entretenu. C’est parfait. A vrai dire, nous ressentons un mini-choc culturel, loin de l’esprit latin. A la Fouly, les prix sont exorbitants, et témoignent du coût de la vie dans le pays. Les prix proposés par le camping nous sont inaccessibles. Après 4 jours sans vraiment se laver, nous prenons une douche clandestine (mais tellement agréable) dans les sanitaires du camping et partons planter la tente sur le sentier quelques kilomètres plus loin.

 

5e jour : la Fouly – Col de la Forclaz

Le ciel est ensoleillé, le sentier est relativement plat, la température bonne et le parcours estimé comporte peu de dénivelé. Après un passage au joli lac de Champex, nous en profitons pour avaler un maximum de bornes et avancer jusqu’au col de la Forclaz. Ce sera notre étape la plus longue marquée par une belle ampoule du côté de Melissa. Fatigués, nous décidons, d’aller dans au camping payant, le seul de notre voyage pour profiter de la douche et laver quelques vêtements.

 

6e jour : Col de la Forclaz – Vallorcine

Au matin, la grisaille et la pluie commencent à s’installer pour de bon. Nous traversons, peu avant la frontière française, une forêt étrange, presque vivante où vivent assurément quelques créatures légendaires, elfes, lutins et hobbits. Les arbres ont totalement recolonisés un éboulis ancien, repoussant dans toutes les directions et prenant des formes étonnantes, le tout plongé dans une brume humide et mystérieuse. C’est avec bonne humeur et sous un ciel menaçant que nous passons la frontière française au niveau du charmant village de Vallorcine. Une fondue au fromage extraordinairement bonne et quelques verres de rouge nous réconfortent au restaurant de la gare (excellente adresse). Alors que la nuit enveloppe soudainement la vallée, nous devons sortir du restaurant sous des trombes d’eau, cherchant désespérément un endroit où mettre la tente. Un vieil arbre au milieu d’un champ fera l’affaire. Merci à nos vestes en gore-tex qui nous ont sauvés, encore une fois !

 

7e jour : Vallorcine – la Flégère

Cette superbe dernière étape est marquée par quelques tronçons d’escalade aménagé au niveau de l’Aiguillette d’Argentière et la traversée du magnifique parc des Aiguilles Rouges avec en prime sur l’autre versant, une vue spectaculaire sur le Mont Blanc, l’Aiguille d’Argentière et son glacier, les Drus, la Mer de Glace et le Glacier des Bossons qui domine Chamonix, reposant confortablement dans la vallée. Ce panorama idyllique est en partie caché dans les nuages, malheureusement. Dans la dernière partie du segment du parc des Aiguilles Rouges, beaucoup de monde, dont la majorité des familles ou amis avec sac à la journée. Une sensation presque désagréable m’envahit, celle de croiser des masses dans un si beau décor après avoir sué des litres dans les montées pendant une semaine et s’être usé les rotules, j’ai l’impression d’avoir un peu plus qu’eux mérité ce spectacle. Bref, le TMB n’est pas un parcours sauvage, loin de là. Nous les croisons avec notre backpack et la petite fierté d’en être à notre 7e jour de trek. En réalité, tout ce beau monde va au merveilleux Lac Blanc, qui possède des eaux turquoises cristallines d’une grande beauté. Le site est enchanteur, il est donc conseillé d’éviter les heures de pointe pour profiter au maximum. Dormons non loin du refuge de la Flégère, dernière étape avant la vallée, et savourons notre dernière nuit sous les étoiles…

 

8e jour : la Flégère – Chamonix

Au matin, c’est avec une belle journée d’été que nous entamons notre dernière descente. 3h plus tard, nous arrivons à Chamonix.  Il nous aurait fallu une autre demi-journée de marche pour revenir au village des Houches et ainsi boucler symboliquement le TMB, mais l’envie de visiter la superbe ville de Chamonix et ses plaisirs a été la plus forte….

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Lire aussi mon article : Comment bien préparer son Tour du Mont Blanc, l’été, en bivouac.

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    • Pirot maryse
    • 12 December 2016
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    Avec ce reportage en photos,agréable à lire je crois que je vais partir sur tes pas
    mais sans porter le matériel de camping même s’il est léger. Pas assez
    de courage pour subir les intempéries et les bruits d’animaux qui cherchent
    à manger la nuit…….

    • jerome
    • 14 June 2018
    Reply

    Bonjour,
    Nous faisons le TMB en bivouac sous tente au mois de juillet. Au niveau sac de couchage, quelle température faut il envisager?
    Merci d’avance !

      • fabrice
      • 15 June 2018
      Reply

      Hello Jerome,
      Nous avions des sacs de couchage – 3 degrés que nous avons bien apprécié pour les nuits au-dessus de 2000m. Je te conseillerais de le prendre entre – 5 si tu es frileux et 0 si tu privilégie le poids au confort. La plupart du temps en fond de vallée ça suffit avec un sac de couchage a 0, mais sur les versants les températures peuvent chuter avec l’exposition au vent. Une nuit il y a même eu une petite gelée.

      Bon trek !

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