“Widgawa Lodge”, Woofing entre terre et eau à Whitefish river, Ontario

J’avais beaucoup entendu parler du Woofing, ce concept international crée pour donner un coup de main à des paysans dans le monde de l’agriculture biologique, en échange du gîte et du couvert.
Une belle occasion de découvrir une nouvelle région, de découvrir un savoir-faire, retrouver des valeurs d’entraide, faire des rencontres, parler des langues étrangères. Un ami, qui revenait enchanté à chacune de ses expériences, avait fini par me convaincre.

Le Woofing, « World Wide Oportunities on Organics Farm », est un système d’échange qui est né en Angleterre en 1971 afin de retrouver les valeurs du « green », absent des jungles urbaines et des valeurs du capitalisme florissant, symbole d’un retour à la terre, à un mode de vie simple. Le bol d’air dont j’avais besoin après un an à Montréal, réveillé tous les matins par le grondement des moteurs de voitures, les fenêtres de mon appartement donnant sur une artère routière.

Mes recherches se sont portées sur « HelpX », site web basé sur le même concept que le Woofing, mais élargit à une grande diversité de thématiques de travail en ville comme en campagne : baby-sitting, menuiserie, réceptionniste dans des monastères bouddhistes, service d’éco-garde, mousse sur un bateau à voile… Si vous voulez une expérience originale, foncez sur ce site !

Je fus attiré par les photos de grande nature d’un lodge en Ontario, appelé Widgawa, en plein territoire autochtone. La personne avait besoin d’effectuer des légers travaux de peinture et de menuiserie, pour donner un coup de neuf à ses bungalows en bois. Le lieu est reculé, situé sur un coteau où coule  une rivière en contrebas qui se jette dans un lac sauvage. C’est l’offre la plus adaptée à mon envie, ni une, ni deux je le contacte et nous nous mettons d’accord sur les conditions de travail : il me propose 6h par jour, que j’organiserais comme je voudrais, et un jour de congé dans la semaine.

Quelques semaines plus tard, c’est juillet, c’est le départ : je me rends en bus à Sudbury, cité industrielle en désuétude de la région du lac Huron et file dans un petit village où mon hôte doit venir me chercher. Peau tannée par le soleil, cigare coincé entre les dents, Joshua m’accueille avec un grand sourire. Il me lance d’un fort accent irlandais: « Are you doing Febrice ? Come in ! ». Derrière ses lunettes teintées, un fort caractère se fait sentir; il m’invite dans sa décapotable argentée, et nous démarrons en trombe, musique classique à fond, cheveux au vent, direction Widgawa.

Aussitôt arrivé, je suis sous le charme, le lieu est enchanteur. Je rencontre Connie, sa compagne, qui m’accueille chaleureusement. Il n’y aura pas d’autres “Helpers” pendant les deux prochaines semaines, juste nous trois, l’occasion de profiter pleinement de la nature, de me retrouver. Josh m’attribue un bungalow agréable et il m’emmène au supermarché pour faire mes courses de la semaine. Le lendemain, j’attaque dans le vif du sujet peinture et petits travaux.

Les deux semaines qui suivent sont vraiment reposantes, quelques groupes de visiteurs qui viennent quelques jours en famille ou amis, prennent un bungalow et repartent. Souvent, après le travail, je prends un kayak je vais me couler dans le lit de la Whitefish river, jusqu’au crépuscule, et admire la riche biodiversité du lieu : le soir venu des grenouilles coassent à l’unisson, parfois un héron s’envole ou un castor surpris bat de sa queue plate la surface de l’eau pour m’effrayer… Certaines fois nous prenons la barque avec Josh pour une ballade sur le lac Charlton au coucher du soleil. Une fois, de retour de l’île de Manitoulin, terre indienne sacrée, il m’emmène aux abords d’une décharge en plein air devenue le repère d’une famille d’ours noirs, que nous observons avec intérêt.

Un jour il me propose une expédition en solitaire sur mon congé : départ de Widgawa en kayak, quelques heures de rame jusqu’au fond du lac Charlton, puis randonnée jusqu’au lac Grace que je devrais traverser en canot d’indien, deuxième randonnée jusqu’au lac Nellie aux eaux cristallines, qui se trouve aux portes du parc naturel de Killarney, puis retour à Widgawa en chemin inverse. Je rentre à la tombée de la nuit épuisé, des ampoules aux mains, mais avec un agréable sentiment de plénitude et l’impression d’avoir communié avec le Wilderness canadien. J’imagine la vie rude des habitants de la région, blottis au coin du feu dans leur chalet, alors que dehors l’hiver recouvre tout, que le blizzard fait chuter les températures pouvant atteindre -40° et que la neige métamorphose le paysage.

Sur les rives du lac Charlton dorment quelques chalets servant de villégiature à la bourgeoisie locale. L’un deux est la demeure d’un des membres du Groupe des Sept, collectif de peintres du début du XXe siècle, qui a révolutionné la peinture de nature sauvage et fait connaître la région en sublimant les paysages de lacs, collines et forêts. A l’occasion, quand l’envie me prends de bavarder avec Josh, je passe à son entrepôt : celui-ci abrite son atelier de peinture dans lequel il tue les longues journées d’hiver.

Après deux semaines de repos et de bol d’air, je me sépare de mes hôtes. J’ai aimé cette première expérience comme « Helper » qui m’a laissé une belle impression. Joshua et Conni m’ont laissé une grande liberté, ce que j’ai apprécié. J’avoue aussi que le sentiment de solitude était présent et qu’il y manquait l’animation d’un groupe pour partager ces belles découvertes.

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Comments

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    • bolote
    • 27 April 2017

    amazing!!!!!

  1. Great account of your trip.
    We enjoyed having you stay at Widgawa.
    Bon Voyage!

    • Conni
    • 4 May 2017

    Thanks for this wonderful blog of your Widgawa adventure. Great to hear you are adventuring onwards and are doing well. We miss your friendly, smiling face and the great work you helped us with. Cheers from Canada

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